Un Trône pour un Tyran

d’après Richard III de William Shakespeare

Adaptation : Corinne Kemeny

(dessin : Nathalie Novi)

– Création en 2002.

– Festival « Solstice » dirigé par Marc Jancourt (Théâtre Firmin Gémier – Antony).

– La « Semaine des respects » (tournée à Douchy-les-Mines) en 2004.

– Représentation à l’IUFM de Versailles.

– Reprise en 2012 et tournée dans les théâtres et les forts médiévaux de Haute-Maurienne (73).

« Je suis si loin dans le sang que le crime entraîne le crime… »

Un Trône pour un Tyran a réuni les comédiens les plus âgés de la compagnie autour d’un projet ambitieux. Travaillant en particulier sur le film documentaire d’Al Pacino, Looking for Richard (1996), les jeunes acteurs ont été confrontés à la question du jeu des masques et de la manipulation psychologique et politique.

La pièce de Shakespeare, mêlant les affaires d’Etat à la vie familiale, parcouruede tensions et de rivalités, permettait en effet de saisir les mécanismes et les ambiguïtés de la séduction sous toutes ses formes, qui sait dissimuler les pires intentions derrière la laideur d’un visage, la douceur d’un sourire, ou la piété d’une prière. L’intrigue, accompagnée au clavier par les accords inquiétants de la création musicale de Pierre Moulias, offrait ainsi la possibilité d’incarner une multitude de caractères, du roi paranoïaque au tyran sanguinaire, et des confréries d’assassins aveuglés par l’argent aux reines déchues rongées par la folie.

Emission en direct, « Jusqu’à la lune et retour » par Aline Pailler à 20h30 avec Blandine Robain, enfant du Feu Follet, jouant du Shakespeare au micro, le 25 février 2004.

Dès 8 ans – Shakespearien ! Un Trône pour un Tyran

Richard III, de Shakespeare, vous connaissez ? On vous rappelle l’histoire? Richard, le troisième frère d’Edouard, roi d’Angleterre, veut accéder au trône. Il fait donc assassiner tous les prétendants. Haine, jalousie, cruauté, meurtres et tyrannie… Ces thèmes, les enfants de la Compagnie le Feu Follet leur donnent vie avec brio. La bonne idée de Corinne Kemeny, metteur en scène : intégrer un personnage de bouffon satyre et décalé, histoire d’éviter la trop grande fascination engendrée par le personnage de Richard. On oublie vite que ce sont des enfants et non des professionnels… Une réussite.

Par Céline CONNAN (4 février 2004)

Quand Shakespeare est un jeu d’enfant !

À l’occasion de la Semaine des respects qui s’est tenue du 29 mars au 2 avril 2004 à Douchy-les-Mines (Nord-Pas-de-Calais) la compagnie de théâtre le Feu Follet est venue jouer Un Trône pour un Tyran, une adaptation de Richard III de Shakespeare.

Rien que de très classique dans le cadre de l’éducation artistique ? Pas vraiment ! Sur scène les acteurs ont entre 12 et 14 ans et dans le public, les gamins du collège Émile Littré découvrent pour la première fois les grands textes du théâtre et les mythes universels. « Plus fort la voix, chaude, profonde, ça vient du ventre. Plus vous parlerez lentement, plus vous récupérerez l’attention de l’auditoire. Allez, on fait le filage lumière, concentrez-vous ! » Dans les gradins, Corinne Kemeny, metteur en scène de la compagnie théâtrale le Feu Follet, surveille la dernière répétition d’Un trône pour un tyran, une adaptation de Richard III, la célèbre pièce de Shakespeare.

Pour une pièce difficile comme Un trône pour un tyran, la douzaine de comédiens partie en tournée dans la petite ville du Nord sont des « vieux » de 12 à 15 ans qui comptabilisent plusieurs années de Feu Follet au compteur. Un travail bi-hebdomadaire à Antony (Hauts-de-Seine) occupe une bonne part du temps de loisirs de ces collégiens férus de théâtre. D’où, sans doute, cette impression d’aisance, de sérieux et de concentration qui se dégage du jeu des jeunes comédiens. Ils ont douze ans et jouent Shakespeare comme ils respirent avec un naturel désarmant. La magie fonctionne aussi car dans l’ombre s’activent des professionnels dédiés à la cause du Feu Follet. Comme le disent les enfants, la troupe fonctionne « pour de vrai ». Effectivement, dans les coulisses, Émilie Petreigne, maquilleuse, transforme les bouilles enfantines en mines scélérates, faces d’escrocs, têtes de sorcières et autres tristes figures de félons. À ses côtés, Mélanie Dopaço, costumière, fait les dernières retouches des costumes richement parés qu’elle a imaginés et créés : cape de velours brodée d’or que revêtira Richard lors de son accession au trône, étoffes soyeuses des femmes de la Cour d’Angleterre, oripeaux miteux du prisonnier Clarence.

À ceux qui s’inquiètent de voir jouer une telle pièce par et pour des enfants, Corinne Kemeny réplique : « J’ai toujours choisi de placer la barre très haut. Les enfants, mêmes jeunes, veulent comprendre le monde qui les entoure, surtout s’il est fait de violences ». Pour autant, pas question de laisser Richard III séduire le public comme il parvient à charmer Lady Ann. « Richard est laid, difforme mais il sait manier le langage de la séduction. Il était important que les adolescents à qui on présentait la pièce ne soient pas fascinés par la duplicité de Richard. Qu’ils ne disent pas : Ouais ! Géniale la façon dont Richard a eu la meuf ». D’où son idée d’intégrer un petit personnage, un bouffon au chapeau rouge, sorte de bonne conscience qui souffle au public les pensées perverses de Richard et pose des garde-fous entre ce beau parleur et le jeune public. Grâce à ce subtil et ludique décryptage, Richard III redevient l’être prêt à toutes les ignominies pour assouvir sa soif de pouvoir. Jusqu’au bout, jusqu’à la dernière et célèbre tirade « un cheval, mon royaume pour un cheval ». Et dans les gradins, sous les applaudissements, une gamine toute fière chuchote à l’oreille de sa copine : « Cette réplique-là, moi je la connaissais ». Parions qu’après Un trône pour un tyran, elle ne l’oubliera pas de sitôt…

​ Véronique Lopez

et Article de Véronique Lopez sur les deux spectacles de 2002 (Un Trône pour un Tyran, La Biche d’Artémis).

– Télérama : Annonce de l’émission « Jusqu’à la lune et retour » sur France Culture. Semaine du 25 février 2004.

– France 5 :Emission Les Maternelles.

– Le Parisien : Article de Corinne Nèves, le 26 juin 2002.

– Transitions (revue universitaire en ligne dirigée par Hélène Merlin-Kajman) : Article d’Antoine Pignot, « Les enfants de Shakespeare ».